Dis-leur

Un oiseau passe
éclair de plumes
dans le courrier du crépuscule…

VA
            VOLE
                                   ET DIS-LEUR

Dis-leur qu’à force d’aimer les hommes
nous avons appris à aimer l’arc-en-ciel
et surtout dis-leur
qu’il nous suffit d’avoir un pays à aimer
qu’il nous suffit d’avoir des contes à raconter
pour ne pas avoir peur de la nuit
qu ’il nous suffit d’avoir un chant d’oiseau 

Ernest PÉPIN

(Babil du songer -  Ibis Rouge Édition)

Témoignage 

un jour
j’ai poussé les portes de l’aube
et je me suis assis
sous une véranda
face à la mer caraïbes
avec pour unique compagne
une petite chaise de paille
que je trompe par moments
que je trompe parfois
les soirs d’averses violentes
quand les lampes
ont cessé leur dialogue
avec une dodine de paille
et les âcres étoiles
d’un rhum de canne

Le tournesol est la fleur du Rom.
Elle le nourrit, elle est la vie.
Et les femmes se parent de lui.
Il a la couleur du soleil.
Enfants, au printemps nous avons mangé ses feuilles
Jaunes délicates et à l’automne ses pépins.
.Il est important pour le Rom.
Plus important que la rose,
Parce que la rose fait pleurer.
Le tournesol, lui, nous fait rire. 

Ceija STOJKA

(Le tournesol est la fleur du Rom – Éditions Bruno Doucey)

Je suis oiseau et au repos,
Les ailes rapprochées,
Je bois l’offrande de la rosée d’une aube,
Loin de tout ce que j’ai su traverser,
Loin de tout ce que j’ai pu envisager,
Je chante, blotti contre le cœur du monde,
La saveur éclatante du présent. 

Anne ROMBY

(Les chemins de Mo – Éditions Astrid Franchet – 2020)

Les saules n’ont
ni raison ni tort quand ils secouent
leurs têtes
C’est une affaire de lumière
Et je vais sans crainte ni but
cheveux fous dans la plaine
dans l’espace exact
entre automne et hiver

Isabel ASÙNSOLO

(Un corps en automne –Éditions Corps Puce)

Le soleil pourpre
aussi brûlant
Mais un vent d’automne vous glace

BASHÔ

(Basshô le fou de poésie – Éditions Albin Michel)

Avant de souffler toutes les bougies du monde

À chaque oiseau, un arbre
À chaque désert, une eau claire
À chaque flocon de neige, une forêt

À chaque homme debout sur terre
une maison, des chaussures et du travail

À toutes les mères
la paix dans le monde

À la planète
du soleil, du vent
des étoiles en pagaille
et des banquises immenses
pour les fesses des pingouins

Pour toi, je ne sais pas
de l’amour par exemple
et des yeux pleins de poèmes
qui viendront courir sur tes lèvres 

C’est le rêve
m’a murmuré le ciel
que fait chaque jour
le cœur de l’enfant qui va naître

Dominique SAMPIERO

(Je rêve le monde assis sur un vieux crocodile- Éditions Rue du monde)

J’ai envie de parler de la rose et du rossignol, d’une belle nuit, d’une belle journée et d’une belle vie, du bonheur et des drames fragiles, faciles et inconsistants…

Que la femme soit belle, que l’homme soit grand et généreux, que l’air autour d’eux soit pur et sans danger, que les eaux soient bleues et tièdes comme les cieux, que la terre soit fleurie sous le pas léger du couple, que le destin lui laisse le temps de voir chaque feuille sur les arbres, chaque insecte sur son brin d’herbe, chaque mouvement du cœur, de la pensée…

Elsa TRIOLET

(Le premier accroc coûte deux cents francs – Éditions Gallimard)

Europe momie fossilisée
dans tes bandelettes
tu réinventes la jungle
aux portes des cités
la jungle où tu encages

ceux d’ailleurs
explorateurs des temps modernes
rescapés des odyssées de l’enfer
survivants des traversées inverses
du Sud vers le Nord

ceux qui s’écrient
s’approchant du rivage
Terre
tes fils te saluent

Olivia ELIAS

(Chaos, traversée – Éditions La Feuille de thé)

Les tournesols des soleils
flamboient au pays
où l’ombre s’étend

la lumière blessée
migre dans les étoiles
laissant des fragments
argentés aux branches
des oliviers

dans le silence mûrit
la conspiration des arbres
et des vieilles pierres

Ma terre ma mère ma moisson
Ma vraie mon unique ma foisonnante,
Je t’aperçois j’avance vers toi
Ensemble nous rejoignons le moment.

Ma braise ma flèche mon iris
Nos vies tissent feu et phénix,
À nous l’assaut et la nuit
À nous l’aube et le cri.

Mon étoile mon amarre mon goéland
Ensemble nous enjambons l’instant,
À nous l’arbre et la soif
À nous la source et le fruit.

Judy PFAU

(Oser encore  - Éditions PO&PSYérès)

Dans le fouillis de vivre
nous ne renonçons pas
à prendre la parole
écrivant une histoire
parfois obèse de nos peurs
parfois enceinte de nos rêves 

Si nous creusons dans la chaleur des mots
c’est pour que nos rêves l’emportent
et posent sur la joue du monde
la caresse des vents
qui nous portent plus loin
que nous ne l’espérions.

Alain BOUDET

(Quelques un ( e ) s – Éditions Henry)

Les arbres
Au bord des chemins
Parlent des saisons
Ils parlent à mi-voix
Pour laisser dormir
Les fleurs de novembre
Mais leur haleine
Encore chaude de l’été
Fait monter
Des rideaux de brume
Entre les branches nues. 

Michel LAUTRU

(Si la graine parle encore - Éditions Soc&Foc)

Je rêve que les mots
grandissent dans les champs
qu’il existe des fleurs
à plusieurs syllabes
des plantes sauvages
auxquelles ne manque
que la parole

ls sont assis
là-bas
dans leur enfance
comme des jardins interdits de printemps

Loin des vieux livres de grammaire,
Écoutez comment un beau soir,
Ma mère m'enseigna les mystères
Du verbe être et du verbe avoir. 

Raharimanana,

La terre n’est pas malade ce sont les hommes
précieux effleurements creusements oubliés

Après plusieurs semaines
De soleil sans grumeaux
Comme une pâte à cicatriser l’attente 

La mer est une guitare qui pleure
L’histoire des hommes
À même les brisants
Elle remue son chant foudroyé

La lune sacre les songes
Ils ont place parmi nous
merveille que salue le ciel étoilé
tels des enfants à qui manquerait
le sérieux des vieillards

L’éclat nocturne
délivre l’espace

J’entends l’éloge des saisons
l’hymne des roses

La nature fut pour moi un refuge sans faille ni césure. En elle s’opérait un accord extatique. C’est à peine si j’entendais le râle qu’elle m’arrachait.

"Les obsessions du langage,
comme toutes les obsessions,
nous visitent de nuit.
Parfois c'est éveillés,
mais presque toujours endormis.

Nous n’aimons pas assez la joie
De voir les belles choses neuves
Ô mon amie hâte-toi
Crains qu’un jour un train ne t’émeuve
Plus…

LA SPLENDEUR EST TELLE

La splendeur est telle, ce matin,
Dans le jardin, que mes chevilles
Foulant l’herbe,

La nature est inimitable ;
Et quand elle est en liberté,
Elle brille d’une clarté
Aussi douce que véritable.
C’est elle qui sur ces vallons,
Ces bois, ces prés et ces sillons
Signale sa puissance ;
C’est elle par qui leurs beautés,
Sans blesser l’innocence,
Rendent nos yeux comme enchantés.

Jean RACINE
(Œuvres complètes

Je marche avec toi
qui sais l’abandon nécessaire
au poème qui apprend à aller
dans le sens de la vie.

 

Elle s’arrimait au quotidien
s’efforçant de saisir un lien
un brin
de quoi se nouer aux autres

 

La libellule : insecte à quatre pattes transparentes, finement nervurées, aux yeux globuleux à facettes, à l’abdomen relativement court et large, volant rapidement près des eaux en capturant des insectes, et dont la larve, également carnassière, est aquatique. (Définition du Petit Larousse) 

La libellule surgit
comme un appel.

Eugène GUILLEVIC

Et un sourire

La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

Paul ÉLUARD

(Le Phénix)

Credo

Je crois en ceux qui marchent
à pas nus
face à la nuit

je crois en ceux qui doutent
et face à leur doute
marchent

1940

Mon jeune fils m'a dit : Dois-je apprendre les mathématiques ?
J'ai pensé répondre : A quoi bon ! Deux morceaux de pain
Sont plus qu'un seul, tu t'en apercevras sans étude.

Recette de l ‘œuf au plat
et du poème

ne t’occupe
pas de la coquille autour